Le malheur c'est jamais rien. Evidemment tu trouveras toujours quelqu'un de plus malheureux ou de plus heureux que toi, mais ça ne se compare pas, c'est pas fait pour ça.
Perso (je vais poster ici, en tant qu'enfant bien sûr), j'ai pas eu de problème à proprement parler concernant le divorce de mes parents. Je voulais, bien sûr, qu'ils restent ensemble, avoir la p'tite famille avec papamaman, comme toutes les gamines de cet âge (j'avais 5 ans), mais j'ai plutôt pas mal pris la chose. Ma belle-mère était sympa (malheureusement ça n'a pas duré), mon beau-père aussi, ça se passait pas mal.
Déjà quand j'ai eu 6 ans, ça a commencé à dérailler, mon père a raconté que ma mère était folle et irresponsable pour avoir ma garde (en fait c'était plus pour la faire chier qu'autre chose, mais moi je savais pas, bien sûr), et tout le temps lorsque j'étais chez eux, c'était "ta mère est folle" "ta mère a fait ceci" "ta mère te ment" "ta mère ne t'aime pas" "ta mère t'a faite pour remplacer ton frère" (mon frère aîné est mort avant ma naissance)... Tout ce qu'ils pouvaient trouver pour dégrader l'image que j'avais de ma mère. En plus celle-ci ne me tenait pas au courant des affaires de juges et tout le tralala, ça partait d'une bonne intention mais ça leur facilitait encore la tâche.
A mes 7 ans, mon père et ma belle-mère ont eu un enfant, alors qu'en principe ça n'aurait pas dû être possible (ma belle-mère a eu une leucémie, et ça lui a fait quelque chose à ce niveau je crois). Miracle, Hosanna au plus haut des cieux, et tout le toutim. Du coup, ils n'avaient plus besoin de moi.
Après réflexion, avec mon autre frère (qui aura 31 ans en octobre) on s'est dit qu'ils avaient dû vouloir "effacer" ce qui s'était passé avant leur couple. Sauf que quand on a quarante-cinq ans, c'est pas prendre une femme de trente et avoir un gamin qui fait qu'on n'a plus personne 'de sa vie d'avant'. Ma belle-mère n'a pas accepté ça.
Seulement, à mes 8 ans, les procédures qu'ils avaient engagées deux ans auparavant pour avoir ma garde ont abouti, et ils se sont retrouvés bien emmerdés, entre elle qui voulait me fiche dehors, et lui qui ne voulait pas rien que pour faire chier ma mère. Du coup, c'est moi qui me suis tout ramassé sur la gueule.
Ils ont commencé par m'empêcher de porter mes lunettes pour que je n'y voie plus rien. Ensuite, ils m'ont transférée dans l'ancienne chambre de mon frère mort, et ils m'ont raconté qu'il y revenait la nuit (vous dis pas les frayeurs que je me suis payé à trois heures du mat' quand l'escalier craquait...). Ensuite, ils m'ont acheté les fringues les plus grandes et les plus laides qu'ils ont pu trouver (je porte encore un des T-shirts quand j'ai plus de vêtements propres, c'est dire...). Je n'avais plus le droit de manger avec eux, plus le droit de voir ou de toucher mon petit frère. Et toujours le bourrage de crâne, sauf que cette fois, c'était plus axé sur moi, qui étais 'insupportable', 'méchante', 'future obèse comme ta grand-mère', 'étrangère à la famille'... A cette époque-là j'avais les cheveux jusqu'aux fesses. Ils me les ont coupés au carré, sous prétexte que j'allais devenir pouilleuse. Cette année-là, du haut de mes 8 ans, j'ai vraiment cru que j'allais devenir dingue.
En septembre 2000, quand j'ai eu 9 ans, ma belle-mère a décidé de passer à la vitesse supérieure, et je me suis retrouvée dans un foyer pour enfants maltraités, orphelins, et autres joyeusetés. J'y suis restée quelques mois, et là je me suis aperçue que l'année que j'avais passée chez eux, c'était rien. En fait les gamins qu'il y avait là-bas étaient tous devenus plus ou moins violents, et ils détestaient les 'intellos' et les 'chochottes'. Manque de pot, faut croire que je l'étais. Du coup, je devais rester toutes les nuits perchée en haut d'une armoire (je devais me tenir accroupie, y avait pas de place pour être debout) de vingt à trente minutes en fonction de leur bon vouloir. Avec baffes si je me cassais la gueule, bien entendu. Et les éducateurs qui laissaient passer tout ça... je me demande encore comment ce foyer n'a été fermé qu'il y a deux ans.
Ma mère a fini par me récupérer. Actuellement, j'ai bientôt quatorze ans, j'ai plus la trouille des uniformes (parce qu'il s'était payé le luxe de me faire apporter au foyer par des flics), et je hais mon père. Ou plus exactement, je le méprise. Je le méprise de s'être laissé mener par le bout du nez par une salope, je le méprise d'avoir perdu tout son fric, et je le méprise de ne pas s'être rendu compte que j'étais une personne et pas un objet.
Comparé à certaines choses que j'ai lu ici, mon histoire c'est rien. Mais ça m'a quand même fait beaucoup de mal. Alors, je dis à la personne qui a posté avant moi (hey! on a le même âge, dis) : tu vois, tout est affaire de degré, je te souhaite de ne pas vivre la même chose que moi, et surtout bon courage, adapte-toi bien à ta nouvelle vie, et ne te laisse pas faire!
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